Transformations conceptuelles et sociales des disciplines

RESPONSABLE DE L’AXE : yves gingras

Cet axe concerne des transformations majeures de l’épistémologie et de la pratique des disciplines scientifiques. Croisant des approches historiques, philosophiques et  sociologiques, le CIRST anime un chantier sur la mutation d’opérations cognitives centrales, comme la classification et la modélisation, dans un contexte naturaliste (où l’on ne considère comme réel que le monde naturel). Ce chantier prend la forme d’une histoire et d’une épistémologie comparées de diverses disciplines, de la physique et de la biologie aux sciences humaines et sociales. Les projets en cours explicitent les défis épistémologiques de diverses disciplines afin de reformuler la problématique d’actions qui sont au cœur de l’activité scientifique : classifier, modéliser, expliquer et naturaliser. Ces projets présentent les savoirs non seulement comme le produit de disciplines fermées et bien établies, mais aussi comme résultant de mutations transversales qui transforment les disciplines en profondeur.


Thèmes de recherche de l’axe 5


L’analyse de la classification dans la pratique scientifique, un geste à la fois commun et complexe, imbriquant épistémologie et pratique, et qui mène à l’émergence de catégories souvent acceptées, à tort ou à raison, comme autant d’espèces naturelles, tant à des fins académiques que sociopolitiques.

5.1.1 Le spectre étendu des disciplines étudiées au CIRST sous l’angle des pratiques de classification va de la chimie à l’éthologie en passant par l’écologie, la biologie et la virologie, incluant des réflexions de pointe sur les frontières et les définitions multiples du vivant. Cet éventail permet de comparer diverses classifications, leurs liens synchroniques, leur évolution et leurs migrations d’une science à l’autre, afin d’alimenter une réflexion générale et fondamentale sur la classification en science.

5.1.2 La migration des classifications scientifiques vers la décision publique, incluant les catégories de l’action sociale issues de la statistique ou de la sociologie, mais aussi les retombées appliquées des diverses définitions et classifications de la biodiversité ou des typologies cliniques et diagnostiques.

Chercheurs : F. Bouchard, F. Claveau, A. Corriveau-Dussault, G. Dufour, L. Faucher, R. Gagnon, Y. Gingras, V. Guillin, C. Malaterre, P.-O. Méthot, J.-G. Prévost


Le recours croissant à la modélisation, soutenue par la généralisation des technologies numériques et le recours aux données massives, un phénomène dont les impacts, tant épistémiques que sociaux, sont préoccupants.

5.2.1    L’impact épistémique de la modélisation, analysé sous l’angle de la mathématisation accélérée de disciplines comme l’économie, mais aussi sous l’angle de problèmes plus généraux, comme la formulation d’une typologie des contributions épistémiques des modèles, et une réflexion critique sur l’obsolescence, légitime ou non, de modèles d’explication ou de problématisation dans des secteurs comme les sciences de la vie, la physique, les mathématiques ou l’ethnologie.

5.2.2    Les impacts socioprofessionnels de la modélisation sur la pratique et l’organisation des sciences, comme une fermeture disciplinaire accrue, des hiérarchies organisées autour de nouveaux modes d’agrégation et d’interprétation des données.

Chercheurs : C. Bonneau, F. Claveau, T. Düppe, Y. Gingras, L. Heaton, M. Kao, G. Latzko-Toth, R. Leonard, C. Malaterre, M. Marion


L’évolution des disciplines et ses déterminants cognitifs et sociaux du 18e au 21e siècle, thème central en histoire et en philosophie des sciences (HPS) qui concerne les interactions entre spécialités ainsi que le rôle de problèmes communs qui, chacun à leur époque, exercent une influence transversale sur la transformation des sciences.

L’approche du CIRST se caractérise par l’introduction de la bibliométrie en HPS, un enjeu qui suscite l’intérêt dans l’ensemble du champ et qui renouvèle la relation entre l’HPS et le reste du champ STS

5.3.1    Problèmes théoriques et empiriques ayant un impact transversal sur l’évolution des sciences. Sur le plan historique, cela inclut l’impact de postures non naturalistes (en métaphysique ou en religion) sur la constitution de disciplines (comme la psychologie et la cosmologie) et sur l’autonomie scientifique, ou encore l’effet des exigences épistémiques qu’imposent les changements de paradigme en science. Ce volet soulève aussi des enjeux transversaux actuels, comme l’essor des concepts de qualité ou de donnée probante.

5.3.2    Processus de spécialisation et interactions entre spécialités au sein des sciences humaines. Il est abordé au CIRST de manière novatrice, par l’usage conjoint de méthodes de bibliométrie et d’analyse de réseaux en histoire et philosophie des sciences, dans le cadre de projets d’envergure sur la structuration intellectuelle des sciences sociales depuis 1945.

Chercheurs : F. Claveau, Y. Gingras, M. Kao, V. Larivière, C. Leduc, M. Marion, J.-G. Prévost

Mis à jour le 15 février 2017 à 10 h 22 min.